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Présentation du film Sac la mort

October 20, 2016 at 5:25 pm

Axe 1 : HOMMES, BIENS ET SAVOIRS EN CIRCULATIONS : INTERCONNEXIONS ET RECONFIGURATIONS
Axe 2 : RIVALITES ET ACCOMMODEMENTS : RELATIONS INTERNATIONALES, DIPLOMATIE ET GUERRE

Le nouveau film d’Emmanuel Parraud "Sac la mort", distribué par Les Films de l'Atalante, sortira en salle le 15 Février 2017.
 
Emmanuel Parraud viendra présenter son film lors du colloque "L’engagisme dans les colonies européennes, Résistances et mémoire(s),19e-21e siècles" au Château des Ducs de Bretagne à Nantes.
 
Plus d’informations sur le colloque : cliquer ici

INTERVIEW d’Emmanuel Parraud :

"Au travers de l’histoire de Patrice pris dans la tourmente de la mort je voulais parler des Cafres, ces descendants d’esclaves ou d’engagés africains, de leur condition d’aujourd’hui sur l’île de la Réunion. 
Patrice et ses amis sont marqués par le rhum, cet alcool que le contremaître distribuait dans les champs du temps de l’esclavage pour accélérer la cadence de la coupe et que le maître offrait le soir pour abrutir ceux qui pourraient vouloir se révolter ou fuir. C’est aussi celui que le grand-père de Patrice lui faisait boire dés l’âge de 6 ans pour amuser les clients de la Boutik et pour savoir quel était son petit fils préféré. Aujourd’hui, le rhum n’est plus offert, il faut l’acheter, dix euros la bouteille, dix euros qui retournent dans la poche des anciens maîtres aujourd’hui propriétaires des sucreries. Dix euros de moins sur le RSA qu’on te donne pour te tenir tranquille. Un rhum industriel à 48°, une véritable drogue dure qui t’accroche et ne te lâche plus, te troue le cerveau et donne la gangrène. Patrice et ses amis en boivent un litre chacun par jour depuis 25 ans. 
Alors le film est là pour rendre le spectateur sensible à ce qui construit cette situation, cette complexité. Au désespoir qui la sous-tend, à la confusion que cette boisson entretient, à la force aussi que l’alcool donne à ceux pour qui le monde qui les entoure est synonyme de danger, d’imprévisible, qui ont un rapport craintif au monde. Certes ils ne sont plus fouettés aujourd’hui, mais ils sont relégués, ils ne comptent pour rien. Le monde est indéchiffrable pour eux, inaccessible – on te donne ton RSA et reste chez toi, surtout n’en sors pas, tu n’es pas présentable, tu nous fais honte. Ils ont tenté de partir faire leur vie en France métropolitaine à 10 000 km de là puisqu’il n’y a pas de travail ici. Ils se sont retrouvés dans le froid à pousser la brouette, du travail au noir sous les quolibets de leurs amis les Blancs, et à boire pour se réchauffer, pour se faire accepter. Ils sont rentrés à la Réunion parce que tout manque, les copines, la famille, la chaleur, la tête basse. Et leur famille les a rejeté car c’est la honte cet échec de plus, la présence de ces ratés dont on avait vanté la réussite aux voisins. On les a tenu à l’écart et ils se sont enfoncés dans la crainte, la crainte de ne pas être aimer, d’être oublié, de ne pas avoir d’argent. Une situation rendue plus insupportable encore par la présence de leurs voisins jeunes et beaux promis à un brillant avenir. Pourquoi eux réussissent et pas moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Comme tout est inexplicable, énigmatique, hostile autour de soi, comme au temps des esclaves, on doit chercher plus loin, plus en arrière, dans la sorcellerie, retourner au pays des ancêtres que l’on ne connait pas.
J’ai rencontré Patrice et Charles-Henri en me trompant de chemin dans mes repérages. Ils se préparaient à manger sur un petit feu au coin du jardin. Ils nous ont salué en passant. On est resté l’après-midi ensemble. Ils étaient ivres mais lucides sur ce qui nous séparait et nous reliait aussi. On est devenus complices. Et on ne s’est plus quittés. Ça fait maintenant 6 ans. J’ai fait un premier film avec eux, "Adieu à tout cela", un moyen métrage dans lequel ils avaient un petit rôle. J’ai senti qu’ils étaient immenses. Que Patrice et Charles-Henri était deux comédiens absolument surdoués, des poètes aussi. Alors j’ai voulu écrire un film en leur hommage, à leur vie, à leur manière de voir le monde et de le raconter. C’est devenu "Sac la mort", un film que nous avons fabriqué ensemble, chacun selon ses compétences et son talent. 
Je voulais un film qui, sans rien cacher de la réalité de leur existence, ne tomberait pas dans le misérabilisme, la stigmatisation, le renforcement des clichés, des dangers qui guettent tous les films qui s’aventurent sur le terrain de la connaissance de l’Autre. J’ai compris que seule la fiction le permettrait. Ce détour par le récit et les personnages est indispensable, parce qu’en éloignant le spectateur de la réalité le temps du film je pourrai la lui rendre plus prégnante après la projection lorsqu’il retrouvera la vraie vie en quittant la salle, en croisant un autre Patrice dans la rue il saura, en tout cas il en saura plus."

Pour aller plus loin :


Lieu : Château des ducs de Bretagne à Nantes, 4 place Marc Elder, 44000 Nantes - Tour du Fer à Cheval
Partenaire : Les Films de l'Atalante
Contact : Virginie CHAILLOU-ATROUS : labexehne@univ-nantes.fr